
Fondamentaux · 8 min
Réussite en Suède, échec aux États-Unis : ce que le modulaire à grande échelle exige vraiment
En bref — La Suède préfabrique la majorité de ses habitations et le fait depuis les années 1940. Les États-Unis ont essayé deux fois de passer le modulaire à l'échelle — un programme fédéral dans les années 1960, une vague de jeunes entreprises récemment — et ont échoué deux fois. La Nouvelle-Zélande a promis 100 000 logements et en a livré environ 2 300. Au moment où le Québec signe ses premiers grands contrats préfabriqués et où Ottawa lance Maisons Canada, un reportage de CBC News rappelle que la différence entre ces trajectoires tient à une chose : la constance de la demande.
Le Canada s'apprête à jouer une carte que d'autres pays ont déjà jouée. Maisons Canada veut lancer 4 000 logements modulaires sur des terrains fédéraux dans six villes, avec un potentiel évoqué de 45 000 — pendant que la SCHL chiffre à environ 4,8 millions le nombre de logements nécessaires au pays d'ici 2030. Avant de célébrer ou de douter, il vaut la peine de regarder ce qui est arrivé ailleurs. C'est l'exercice qu'a fait la journaliste Jenna Benchetrit dans un reportage de CBC News publié à l'automne 2025, et les leçons concernent directement le Québec.
Pourquoi la Suède a réussi
Le cas suédois n'est pas un accident : l'industrie remonte aux années 1940 et s'est bâtie sur la demande massive de l'après-guerre. Trois ingrédients ressortent du reportage.
Une demande soutenue, pas des à-coups. L'usine de préfabrication est une bête à nourrir : elle n'est rentable que si les commandes entrent de façon continue. La Suède a donné à ses usines des décennies de carnets pleins. C'est exactement la logique du contrat de 478 logements de la SDE dans l'est du Québec — un portefeuille regroupé plutôt que dix-sept petits projets — et celle du volet FIERH des quartiers préfabriqués.
La standardisation assumée. Le secteur suédois est fortement standardisé, avec des chaînes d'approvisionnement coordonnées d'un bout à l'autre. On ne redessine pas chaque bâtiment à partir de zéro; on décline des systèmes éprouvés. C'est la condition des gains de coût — et c'est culturellement l'étape la plus difficile pour une industrie de la construction habituée au sur-mesure, comme on l'expliquait dans pourquoi on ne construit pas les maisons comme des voitures.
La technologie qui suit, pas qui précède. L'automatisation suédoise fait aujourd'hui école — au point où l'entreprise torontoise Assembly Corp a racheté de l'équipement du fabricant suédois Lindbäcks pour monter son usine. Mais cette automatisation est arrivée après des décennies de volume garanti, pas avant.
Pourquoi les États-Unis ont échoué — deux fois
Le contre-exemple américain est riche d'enseignements. Dans les années 1960, le programme fédéral Operation Breakthrough, piloté par le département du Logement, voulait industrialiser la construction abordable. Il n'a jamais passé à l'échelle : plusieurs projets ont dérapé côté coûts, au point de ne plus produire du logement réellement abordable.
Plus récemment, une vague de jeunes entreprises promettant de révolutionner la construction aux États-Unis et au Royaume-Uni s'est soldée par des faillites — retards de la pandémie, lourdeur réglementaire et perception négative du préfabriqué ont eu raison des promesses. Cette perception, on la connaît bien au Québec; on l'a documentée dans nos mythes de la construction modulaire.
Et il y a la Nouvelle-Zélande : KiwiBuild, lancé en 2018 avec une cible de 100 000 logements, en avait livré environ 2 300 à la fin de 2024, avant d'être abandonné en octobre de la même année. Promettre l'échelle ne la crée pas.
Le Japon, l'autre modèle
Le reportage rappelle aussi le cas japonais : un secteur préfabriqué projeté à plus de 23 milliards de dollars américains d'ici 2030, bâti sur une contrainte bien locale — le risque sismique, qui a poussé l'industrie vers des composants conçus pour être remplacés. La leçon est transposable : le préfabriqué gagne quand il répond à une contrainte réelle du territoire. Au Québec, cette contrainte s'appelle l'hiver, la rareté de main-d'œuvre et la distance — trois choses qu'une usine neutralise. Notre tour du monde du modulaire en donne d'autres exemples.
Ce que ça veut dire pour le Québec
Les experts cités par CBC News tracent les limites du raisonnable. Le professeur Carlo Carbone, de l'UQAM, prévient que la culture de construction canadienne reste ancrée dans le chantier traditionnel et que le piège du « pareil et carré » guette les programmes pressés. L'économiste Randall Bartlett, de Desjardins, rappelle que le modulaire n'est pas une panacée à l'abordabilité — KiwiBuild à l'appui. Douglas Porter, de BMO, met en garde contre un État trop interventionniste qui découragerait l'investissement privé. S'ajoutent deux contraintes bien canadiennes : les distances de transport et les barrières interprovinciales.
Mis ensemble, le portrait donne une grille de lecture simple pour juger Maisons Canada, le FIERH et les portefeuilles régionaux comme celui de la SDE : la question n'est pas « combien de logements annoncés ? », mais « le carnet de commandes des usines est-il garanti pour des années ? ». C'est le seul indicateur qui a séparé la Suède de tous les autres.
Votre organisme ou votre municipalité veut s'inscrire dans cette vague pendant que les programmes sont ouverts ? On peut préparer une soumission ensemble.

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Questions frequentes
Quelle part du logement suédois est préfabriquée ?
Pourquoi le modulaire a-t-il échoué aux États-Unis ?
Qu'est-ce que KiwiBuild et pourquoi en parle-t-on ?
Que prévoit Maisons Canada en modulaire ?
Quelle est la principale leçon pour le Québec ?
Sources
- Modular housing was a hit in Sweden but a bust in the U.S. How will Canada do? — CBC News (Jenna Benchetrit)
- Version Radio-Canada International du même reportage — Radio-Canada







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