Chaîne d'assemblage d'une usine de construction modulaire québécoise avec un module d'habitation en cours de finition

OBNL · 6 min

On fabrique nos autos en usine. Nos maisons, pourquoi pas ?

Par Jeremy Soares · 2 juillet 2026

En bref — Parce qu'on a longtemps cru que c'était moins bon, moins beau et moins finançable — trois idées qui ne tiennent plus. La construction en usine livre les projets de 20 à 50 % plus vite selon les études indépendantes, respecte des normes certifiées obligatoires au Québec, et depuis mai 2026, la SCHL l'assure dans tous ses produits. La vraie question n'est plus « pourquoi des maisons en usine ? », mais « pourquoi si peu ? ».

Faites l'expérience mentale. Un concessionnaire vous propose deux autos identiques. La première a été assemblée dans une usine chauffée, par des équipes qui répètent les mêmes gestes toute la journée, avec contrôle qualité à chaque poste. La deuxième a été montée dehors, dans une entrée de garage, en novembre, par une équipe différente de celle du modèle précédent, entre deux averses. Même prix.

Vous riez, mais vous venez de décrire le marché de l'habitation. L'auto de l'entrée de garage, c'est la maison québécoise standard. Et le plus étrange, c'est qu'on trouve ça normal.

La chaîne de montage, cette vieille nouveauté

Une usine de construction modulaire, ce n'est pas un hangar où on cloue plus vite. C'est une chaîne de montage : le bâtiment avance de poste en poste, les travailleurs, les outils et les matériaux ne bougent pas. La Presse a visité une usine de Beloeil en décembre 2025 : une chaîne de 16 postes de travail d'où sort, selon le fabricant, un module contenant deux logements de 500 pi² en 32 heures environ — plomberie, filage et armoires de cuisine compris.

Trente-deux heures. Le temps qu'il faut, sur un chantier ordinaire, pour attendre la livraison de gypse.

Pendant que les modules avancent à l'intérieur, la fondation se coule dehors. Les deux chantiers progressent en parallèle plutôt qu'en file indienne — c'est là, très exactement, que le temps se gagne. (Pour les distinctions entre modulaire, panneautisé et usiné, notre glossaire fait le tri sans jargon.)

« Oui, mais est-ce vraiment plus vite ? »

Ce n'est pas le fabricant qui le dit — enfin, pas seulement lui. McKinsey évaluait dès 2019 que la construction modulaire réduit les délais de projet de 20 à 50 %. Une étude de terrain financée par le département américain de l'Énergie, qui a comparé plus de 50 bâtiments multifamiliaux réels, a mesuré des livraisons 25 à 30 % plus rapides en moyenne. Et la SCHL citait en mai 2026 un cas canadien vérifié : à Calgary, 84 logements abordables construits et occupés en moins d'un an, quand un projet conventionnel comparable du même quartier a pris près de deux ans.

Au Québec, l'exemple vedette s'appelle Rimouski : 155 logements étudiants livrés en une dizaine de mois, premiers locataires le 1er juillet 2025. « On estime qu'on s'épargne au moins la moitié du temps de construction », disait le directeur général d'UTILE, l'OBNL derrière le projet — un promoteur satisfait, donc à prendre comme tel, mais les dates, elles, sont publiques. L'étude de cas complète est ici.

« Oui, mais c'est moins cher ? »

Voici la partie où on refuse de vous vendre du rêve. Non, l'usine ne divise pas la facture en deux. Les études indépendantes parlent d'économies directes de 0 à 20 % selon le marché et l'échelle — McKinsey disait « jusqu'à 20 % » pour les acteurs qui optimisent en volume. Dans certains contextes, c'est la parité. L'usine fabrique votre maison plus vite; elle ne négocie ni le prix de votre terrain, ni votre zonage, ni votre taux hypothécaire.

Le gain fiable, c'est le temps — et le temps, en construction, c'est de l'argent qui a arrêté de se cacher : moins de mois d'intérêts intercalaires, moins de saisons de retard, moins de surprises météo. Pour un OBNL ou un promoteur, le guide du financement du logement abordable modulaire détaille comment ce calcul se monte.

« Oui, mais la qualité ? »

L'objection préférée du beau-frère — le même qui doutait de la crise du logement, on lui a déjà réglé son cas ici. Réponse courte : au Québec, un bâtiment usiné ne peut être vendu, loué ou échangé sans la certification CAN/CSA-A277, selon la Régie du bâtiment, et l'usine elle-même doit être certifiée. Le sceau atteste la conformité aux codes applicables là où la maison sera posée. L'étude de terrain du DOE, elle, a mesuré une performance énergétique égale ou supérieure aux bâtiments comparables construits sur place. Une maison montée à l'abri de la pluie n'a jamais reçu de pluie dans ses murs — c'est bête, mais c'est un argument. Les autres préjugés passent au tordeur dans les mythes de la construction modulaire.

Alors, pourquoi si peu ?

Parce que trois freins ont longtemps tenu, et qu'ils viennent de sauter presque en même temps.

Le financement, d'abord : les prêteurs se méfiaient d'un bâtiment payé avant d'exister sur le terrain. Or depuis le 7 mai 2026, après un projet pilote de plus de 800 logements locatifs modulaires, la SCHL assure le multilogement modulaire dans tous ses produits et lance un produit pour les acheteurs avec mise de fonds de 5 %. Les gouvernements, ensuite : Maisons Canada, lancée en septembre 2025 avec 13 milliards de dollars, priorise explicitement le préfabriqué — première initiative, environ 4 000 maisons sur six sites, dont Longueuil. Québec, de son côté, a sélectionné 566 logements hautement préfabriqués depuis 2025; les 26 logements du Projet Acadie, à Montréal, ont été réalisés en moins de 12 mois, permis compris.

Reste le troisième frein : nous. L'habitude, le zonage, le réflexe de trouver normal qu'une maison se construise sous la pluie. Pendant ce temps, la SCHL chiffrait en 2023 le déficit québécois à environ 860 000 logements d'ici 2030, Québec vise 560 000 habitations d'ici 2034, et l'APCHQ calcule qu'il faudrait environ quadrupler le rythme de 2024 — pourtant une bonne année, à quelque 48 700 mises en chantier. On ne quadruple pas un rythme avec les mêmes méthodes, les mêmes bras et le même hiver. Le dossier complet est dans la construction modulaire face à la crise du logement.

Votre auto est sortie d'une usine. Votre téléphone aussi. Vos prochains voisins, peut-être. Et si votre organisme, votre coop ou votre municipalité veut voir ce que l'usine peut livrer chez vous, on regarde ça ensemble ?

Partenaire · Annonce

8Module

Immeubles multirésidentiels modulaires (6 à 24+ logements) fabriqués en usine au Québec.

Visiter le site

Partenariat commercial — une compensation peut nous être versée. Divulgation

Questions frequentes

Une maison construite en usine est-elle moins chère ?
Pas automatiquement. Les études indépendantes situent les économies directes entre 0 et 20 % selon le marché et l'échelle du projet. Le gain le plus fiable est le temps : des livraisons de 20 à 50 % plus rapides selon McKinsey (2019), et 25 à 30 % en moyenne selon une étude de terrain financée par le département américain de l'Énergie — ce qui réduit les frais de financement et les risques de retard.
La qualité d'une maison usinée est-elle vraiment équivalente ?
Au Québec, un bâtiment usiné doit porter la certification CAN/CSA-A277 pour être vendu ou loué, selon la Régie du bâtiment, et l'usine doit elle-même être certifiée. L'étude de terrain du DOE a mesuré une conformité et une performance énergétiques égales ou supérieures aux bâtiments comparables construits sur place.
Si c'est si efficace, pourquoi on n'en fait pas plus ?
Les freins historiques — financement frileux, absence de commandes publiques, préjugés — tombent un à un : la SCHL assure le modulaire dans tous ses produits depuis mai 2026, Maisons Canada priorise le préfabriqué avec 13 milliards de dollars, et Québec a sélectionné 566 logements hautement préfabriqués depuis 2025. Restent le zonage, la trésorerie exigée plus tôt dans le projet et l'habitude — des obstacles réels, mais pas des lois de la physique.

Sources

  1. Modular construction: From projects to products McKinsey & Company (2019)
  2. Modular Multi-Family Construction: A Field Study Modular Building Institute (étude financée par le U.S. DOE)
  3. Certification des bâtiments usinés (CAN/CSA-A277) Régie du bâtiment du Québec
  4. La SCHL élargit son assurance prêt au préfabriqué et au modulaire SCHL (7 mai 2026)
  5. Des logements construits… en 32 heures La Presse (20 décembre 2025)
  6. Le chantier à la vitesse supérieure à Rimouski (logement étudiant UTILE) Radio-Canada (janvier 2025)
  7. Prime Minister Carney launches Build Canada Homes Cabinet du premier ministre (14 septembre 2025)
  8. Construire autrement et plus rapidement : la voie du hautement préfabriqué est maintenant tracée Gouvernement du Québec (22 août 2025)
JS
Jeremy Soares
Courtier immobilier

Courtier immobilier au Québec et passionné de construction modulaire. jeremysoares.com

Commentaires

Une question ou un commentaire sur cet article ? La section commentaires sera bientôt activée.

Continuez votre lecture

Tous les articles