Module d'habitation préfabriqué déposé par grue sur un chantier de multilogement au Québec

OBNL · 7 min

Résoudre la crise du logement avec des maisons faites en usine ? Le Québec est en train d'essayer

Par Jeremy Soares · 3 juillet 2026

En bref — Oui, c'est sérieux : depuis 2025, Québec et Ottawa financent directement des logements construits en usine. La SHQ a sélectionné 566 logements hautement préfabriqués en deux appels de projets, le premier immeuble montréalais du programme — le Projet Acadie — a été monté en moins de 12 mois permis compris, et l'agence fédérale Maisons Canada arrive avec une enveloppe initiale de 13 milliards qui priorise explicitement le préfabriqué. Ce n'est pas encore une révolution ; c'est un test grandeur nature, et les premiers résultats tombent cet été.

Pendant des années, la construction en usine a joué le rôle de l'idée qu'on cite en fin de reportage : « certains évoquent aussi le préfabriqué... » Poliment. Sans y croire trop fort.

Ce temps-là est fini. Les deux ordres de gouvernement ont cessé d'évoquer : ils commandent.

Ce qui a changé : l'État est passé de spectateur à client

Le déclencheur, côté québécois, s'appelle l'initiative des multilogements hautement préfabriqués de la Société d'habitation du Québec. Appel de projets lancé en janvier 2025, financé par l'entente Canada-Québec de 1,8 milliard de dollars ; en août 2025, la SHQ annonçait 11 projets retenus, 336 logements, 5 consortiums de conception-construction, avec des livraisons visées à l'été 2026. Un deuxième appel a ajouté 225 logements en septembre 2025, pour un total de 566 logements sélectionnés. On décortique la liste, ville par ville, dans notre article sur le pari des 500 logements préfabriqués.

Le détail qui compte : ce ne sont pas des prototypes. Ce sont des immeubles standardisés de 24 ou 36 logements, deux ou trois étages, destinés à des OBNL, des offices d'habitation et des coopératives — le genre de bâtiment dont la Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine, qui ont décroché trois des onze projets, ont un besoin criant.

La preuve de concept a une adresse : boulevard de l'Acadie

Côté résultats, le programme a livré son premier argument massue en juin 2026 : le Projet Acadie, à Montréal. Vingt-six logements — 17 studios et 9 logements familiaux — installés au 7965, boulevard de l'Acadie, pour un investissement d'environ 10,1 millions de dollars. Échéancier total : moins de 12 mois, permis compris. Les locataires emménagent en octobre 2026.

Douze mois incluant la paperasse, dans une ville où des projets conventionnels passent ce temps-là juste à attendre leurs autorisations : c'est exactement le genre de démonstration que le programme cherchait. On raconte le projet au complet dans notre article sur le Projet Acadie, et le contexte montréalais dans notre état des lieux du logement modulaire à Montréal.

Ottawa arrive avec le gros chéquier

Pendant que Québec teste, Ottawa institutionnalise. Maisons Canada, l'agence fédérale lancée en septembre 2025, part avec une enveloppe initiale de 13 milliards de dollars et une consigne écrite noir sur blanc : prioriser le préfabriqué, le modulaire et le bois massif. Sa première initiative vise environ 4 000 maisons sur six terrains fédéraux — dont un au Québec, à Longueuil. Le directeur parlementaire du budget prévoit environ 26 000 unités d'ici 2029-2030.

Et il y a un troisième morceau, moins spectaculaire mais peut-être plus structurant : depuis mai 2026, la SCHL assure les prêts pour le multilogement modulaire dans tous ses produits, après un pilote qui a financé plus de 800 logements locatifs modulaires dans cinq provinces. Traduction : le banquier suit. Pour un promoteur ou un OBNL, c'était souvent ça, le vrai blocage — on explique la mécanique dans notre guide du financement du logement abordable modulaire.

Restons honnêtes : 566 logements, ce n'est pas 860 000

Maintenant, la douche froide, parce qu'on ne vend pas de rêve ici. La SCHL estimait en 2023 qu'il faudrait environ 860 000 logements de plus au Québec d'ici 2030 pour restaurer l'abordabilité. Le chiffre date et la méthodologie fédérale a été révisée depuis, mais l'ordre de grandeur est clair : des centaines de milliers d'unités. À côté de ça, 566 logements préfabriqués, c'est une goutte d'eau — une goutte d'eau instructive, mais une goutte d'eau.

Le vrai enjeu n'est donc pas ce que ces immeubles logent ; c'est ce qu'ils prouvent. Si les livraisons de l'été 2026 arrivent à l'heure et au budget, le Québec disposera d'un modèle reproductible — plans standardisés, consortiums qualifiés, usines rodées — qu'il pourra multiplier. Si elles dérapent, les sceptiques auront leurs munitions pour dix ans. C'est pour ça que la saison qui commence est probablement la plus importante de l'histoire récente du préfabriqué québécois. Le portrait d'ensemble — ce que le modulaire peut et ne peut pas faire contre la crise — est dans notre dossier crise du logement et construction modulaire.

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Questions frequentes

C'est quoi, exactement, l'initiative des logements hautement préfabriqués de la SHQ ?
Un programme de la Société d'habitation du Québec, financé par l'entente Canada-Québec de 1,8 milliard de dollars, qui commande des immeubles de 24 ou 36 logements abordables construits majoritairement en usine. Deux appels de projets (janvier et septembre 2025) ont sélectionné un total de 566 logements, réalisés par cinq consortiums de conception-construction, avec des premières livraisons visées à l'été 2026.
Est-ce que ça fonctionne vraiment plus vite ?
Le premier cas livré le suggère : le Projet Acadie, à Montréal, a été complété en moins de 12 mois incluant les permis — 26 logements installés en juin 2026, locataires attendus en octobre. C'est un projet ; la vraie réponse viendra des livraisons de l'été 2026 dans les dix autres municipalités du premier appel.
Est-ce que les maisons faites en usine vont régler la crise du logement ?
Non — pas à elles seules. Le déficit québécois se chiffre en centaines de milliers de logements (la SCHL parlait d'environ 860 000 d'ici 2030, estimation de 2023), et les programmes préfabriqués actuels en comptent quelques centaines. L'usine règle un goulot — la vitesse et la prévisibilité de la construction — mais pas le prix des terrains, le zonage ni le financement. C'est un multiplicateur, pas une baguette magique.
JS
Jeremy Soares
Courtier immobilier

Courtier immobilier au Québec et passionné de construction modulaire. jeremysoares.com

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