Immeuble résidentiel en modules de bois en assemblage en bordure d'une ville de l'Abitibi-Témiscamingue, forêt boréale d'épinettes en arrière-plan

OBNL · 7 min

Logement et construction modulaire en Abitibi-Témiscamingue : état des lieux 2026

Par Jeremy Soares · 2 juillet 2026

En bref — L'Abitibi-Témiscamingue affiche des chiffres qui, ailleurs, déclencheraient des plans d'urgence : moins de 1 % d'inoccupation à Amos, Rouyn-Noranda et Val-d'Or, et des loyers moyens en hausse d'environ 55 % à Val-d'Or depuis 2018. La pression vient du boom minier — des entreprises achètent des maisons pour loger leurs employés. Et pourtant, aucun projet de la région ne figure au premier appel de logements hautement préfabriqués de la SHQ. La question qui s'impose : pourquoi pas ici ?

D'Amos à La Sarre, de Rouyn-Noranda à Val-d'Or, l'Abitibi-Témiscamingue vit le paradoxe des régions ressources : une économie qui roule, des salaires solides — et nulle part où loger ceux qui les gagnent. Voici l'état des lieux 2026, chiffres sourcés à l'appui.

La situation du logement dans la région

Les données rapportées par Radio-Canada en 2026 dressent un portrait sans ambiguïté : le taux d'inoccupation est sous la barre de 1 % à Amos, Rouyn-Noranda et Val-d'Or. Depuis 2018, le loyer moyen aurait augmenté d'environ 55 % à Val-d'Or et 43 % à Rouyn-Noranda. Et la pression démographique s'accentue : environ 900 migrants internationaux sont arrivés dans la région en 2025, attirés par l'emploi. Fait rare, la pénurie frappe toutes les clientèles à la fois : familles, travailleurs, aînés et nouveaux arrivants se disputent les mêmes rares logements libres. La mécanique derrière ces hausses, on la décortique dans pourquoi les loyers explosent en région.

Rappel utile : la moyenne provinciale tourne autour de 2,9 % d'inoccupation, et le seuil d'équilibre reconnu est de 3 %. L'Abitibi-Témiscamingue évolue à un ordre de grandeur sous ce seuil — une situation de pénurie franche, sur tout le spectre des loyers, qu'on replace dans son contexte provincial dans notre dossier sur la crise du logement et la construction modulaire. Et contrairement aux grands centres, aucune vague de livraisons neuves ne se profile ici pour détendre le marché à court terme. Le 3 juillet 2026, Ottawa et Québec ont tout de même confirmé 242 nouveaux logements abordables à Malartic, Val-d'Or et La Sarre — un investissement d'environ 44 M$ selon l'annonce (CNW), qui illustre l'ampleur des besoins régionaux.

La pression minière : quand l'employeur devient locateur

La spécificité régionale, c'est la mine. TVA Abitibi documentait dès 2024 des entreprises qui achètent des maisons pour y loger leurs employés (TVA Abitibi) — une solution qui loge des travailleurs, mais retire du même coup des propriétés du marché résidentiel local. L'autre visage du problème : le navettage aérien. Des travailleurs en fly-in/fly-out gagnent leur vie dans la région sans y habiter, faute de logement (Radio-Canada), et les élus régionaux font valoir que le territoire verse plus en redevances minières qu'il ne reçoit en infrastructures et en logement (Radio-Canada).

Ce scénario — emplois abondants, logements introuvables, employeurs improvisés en locateurs — est exactement celui qu'on analyse dans notre dossier sur le logement des travailleurs en région. Et c'est le terrain où l'argument modulaire est le plus direct : un immeuble fabriqué en usine pendant que le terrain se prépare, assemblé en quelques semaines, capable de loger une cohorte d'employés pour la prochaine rotation plutôt que dans trois ans.

La Côte-Nord voisine vient d'ailleurs de montrer une autre voie : à Baie-Comeau, la Société d'expansion de Baie-Comeau construit 72 logements pour travailleurs temporaires explicitement conçus pour remplacer les campements traditionnels, avec une livraison visée en 2027 (Le Nord-Côtier). Rien n'interdit à une ville minière abitibienne de répliquer le modèle — et en préfabriqué, l'échéancier se compte en mois plutôt qu'en années.

Pourquoi pas ici ? La région absente de la première vague préfabriquée

Le constat qui pique : au premier appel de projets de la SHQ pour 500 logements hautement préfabriqués, dont les 11 lauréats (336 logements) ont été annoncés le 22 août 2025, aucun projet de l'Abitibi-Témiscamingue n'a été retenu (liste officielle). Des villages de 1 300 habitants en Outaouais et des petites villes gaspésiennes y figurent — pas la région où l'inoccupation est la plus basse du Québec.

La sélection s'est faite sur les candidatures déposées, pas sur un palmarès des besoins. Un deuxième appel de 225 logements a été lancé en septembre 2025 (Québec.ca), et d'autres cycles sont attendus. Pour des villes comme Amos ou La Sarre, le format standardisé de 24 ou 36 logements est taillé sur mesure ; et l'assemblage rapide, peu sensible aux aléas de l'hiver québécois, pèse encore plus lourd sous le climat abitibien. Notre guide destiné aux municipalités détaille comment préparer un terrain, un zonage et un porteur de projet pour déposer.

L'enjeu dépasse la technique. Aux élections municipales de novembre 2025, le logement était l'enjeu numéro un des électeurs québécois (38 % selon un sondage Léger), et l'élection provinciale attendue à l'automne 2026 place l'habitation au coeur de la campagne. Les régions qui se présenteront avec des dossiers prêts — terrain, zonage, porteur de projet — capteront les prochaines enveloppes.

Les programmes disponibles en 2026

  • PHAQ (Programme d'habitation abordable Québec). Le budget 2026-2027 finance un nouvel appel de 1 000 logements abordables — le premier appel régulier depuis 2023 (Québec.ca).
  • Les appels SHQ « hautement préfabriqué ». 566 logements sélectionnés en deux appels ; aucun dans la région à ce jour — la candidature abitibienne reste à écrire.
  • Les partenariats employeurs-municipalités-OBNL, la voie la plus prometteuse pour convertir la capacité de payer des minières en logements pérennes plutôt qu'en achats de maisons existantes.
  • L'assurance prêt SCHL élargie au modulaire (mai 2026), qui facilite le financement des immeubles multilogements préfabriqués — on décortique le tout dans notre guide du financement du logement abordable modulaire.

Sources : Radio-Canada, TVA Abitibi, SCHL, Gouvernement du Québec (SHQ). Article rédigé par Jeremy Soares. Dernière mise à jour : 3 juillet 2026.

Partenaire · Annonce

8Module

Immeubles multirésidentiels modulaires (6 à 24+ logements) fabriqués en usine au Québec.

Visiter le site

Partenariat commercial — une compensation peut nous être versée. Divulgation

Questions frequentes

Pourquoi les loyers montent-ils si vite en Abitibi-Témiscamingue ?
Parce que l'offre est figée pendant que la demande explose : moins de 1 % d'inoccupation à Amos, Rouyn-Noranda et Val-d'Or, un boom minier qui attire main-d'oeuvre et migrants (environ 900 arrivées internationales en 2025), et des employeurs qui achètent des maisons pour loger leurs équipes — ce qui retire encore des unités du marché.
Y a-t-il des projets SHQ hautement préfabriqués dans la région ?
Pas au premier appel : aucun des 11 lauréats d'août 2025 n'est abitibien. Un deuxième appel de 225 logements a été lancé en septembre 2025 et le PHAQ rouvre en 2026 — la région a le dossier de besoins le plus solide du Québec ; il lui manque des candidatures déposées.
Le modulaire peut-il loger les travailleurs miniers autrement que par des campements ?
Oui. Un immeuble modulaire de 24 ou 36 logements se fabrique en usine pendant que le terrain se prépare et s'assemble en quelques semaines — un actif immobilier durable pour la municipalité, plutôt qu'un campement temporaire ou des maisons retirées du marché local. Le montage passe par un porteur local (OBNL, office d'habitation) appuyé par les employeurs.
JS
Jeremy Soares
Courtier immobilier

Courtier immobilier au Québec et passionné de construction modulaire. jeremysoares.com

Commentaires

Une question ou un commentaire sur cet article ? La section commentaires sera bientôt activée.

Continuez votre lecture

Tous les articles