Modules d'habitation en bois posés par grue sur un chantier en bordure d'une ville nordique du Nord-du-Québec, taïga d'épinettes noires à l'horizon

OBNL · 7 min

Logement et construction modulaire dans le Nord-du-Québec : état des lieux 2026

Par Jeremy Soares · 2 juillet 2026

En bref — Nulle part au Québec construire n'est aussi difficile que dans le Nord-du-Québec : à Chibougamau, reconstruire 50 HLM coûtera 33,7 millions de dollars — 10 millions de plus que prévu — et au Nunavik, il manque environ 800 logements sociaux dans des villages où bâtir coûte au moins trois fois plus cher que dans le sud. C'est le cas extrême où la fabrication en usine a le plus de sens sur papier — à condition de rester honnête sur ses limites : transport, grue, saison courte.

Le Nord-du-Québec, c'est deux mondes : la Jamésie, autour de Chibougamau, reliée par la route, et le Nunavik, accessible par air et par mer. Les données publiques y sont plus rares qu'ailleurs — cet article s'en tient à ce qui est documenté, et replace le reste dans le contexte provincial. Voici l'état des lieux 2026.

La Jamésie : Chibougamau reconstruit

Le Devoir a consacré un dossier à la pénurie de Chibougamau : le manque de logements y touche toutes les classes de revenus et alimente le navettage aérien — des travailleurs gagnent leur vie dans la région sans pouvoir s'y établir (Le Devoir).

La réponse locale avance sur deux fronts. D'un côté, la Ville a annoncé « plus de 300 nouveaux logements en Jamésie » (Ville de Chibougamau), et Les Pavillons du 49e ont livré deux immeubles d'environ 20 logements chacun — le premier occupé en février 2024, le second livré fin 2024. De l'autre, le Projet Renaissance — la démolition et la reconstruction de 50 HLM à Chibougamau — illustre le prix du Nord : son coût est passé d'environ 23,7 M$ à 33,7 M$ (La Sentinelle). Une dérive de 10 M$ sur 50 logements, c'est précisément le genre de risque que la préfabrication cherche à comprimer : plus le chantier local est court, moins l'éloignement pèse sur la facture.

Le Nunavik : la crise dans la crise

Au nord du 55e parallèle, les chiffres changent d'échelle. Il manque environ 800 logements sociaux au Nunavik, où le surpeuplement est chronique — des ménages de 10 à 12 personnes par logement sont rapportés (Radio-Canada). Construire y coûte au moins trois fois plus cher que dans le sud du Québec, et la capacité logistique plafonne autour d'une centaine de logements par année.

S'ajoute désormais le climat : à Kuujjuaq, le dégel du pergélisol fissure des maisons existantes, comme le documentait Le Nouvelliste en mai 2026 (Le Nouvelliste). Le Nord ne manque pas seulement de logements neufs : une partie du parc existant est menacée. L'office d'habitation du Nunavik planche d'ailleurs sur un plan de rénovation du parc existant (Radio-Canada) — au Nord, préserver un logement coûte toujours moins cher que le remplacer.

Ce que le modulaire peut — et ne peut pas — y faire

L'argument théorique est ici à son maximum. Quand chaque semaine de chantier local coûte en mobilisation, en hébergement d'ouvriers et en fenêtre météo, déplacer 80 % du travail dans une usine du sud change l'équation : qualité constante à l'abri des intempéries, chantier local réduit à l'assemblage, calendrier moins exposé à l'hiver. C'est la logique qu'on détaille dans notre dossier sur la crise du logement et la construction modulaire.

Mais l'honnêteté oblige à nommer les limites. Transporter des modules à Chibougamau par la route est faisable ; les acheminer au Nunavik suppose le bateau et une fenêtre estivale courte. Il faut une grue et des fondations adaptées — sur pergélisol, un défi d'ingénierie en soi. Et aucun lauréat du premier appel SHQ de logements hautement préfabriqués (11 projets, 336 logements, annoncés le 22 août 2025) ne se trouve dans le Nord-du-Québec (liste officielle). Le format standardisé de 24 ou 36 logements — pensé pour les petites villes — conviendrait pourtant bien à la Jamésie, et un multiplex modulaire plus modeste à bien des villages. Notre guide destiné aux municipalités explique comment bâtir un dossier de candidature.

Le précédent pancanadien le plus parlant vient d'un pilote de la SCHL : à Calgary, le 605 Studio West a livré 84 logements abordables construits et occupés en moins d'un an, contre près de deux ans pour un projet conventionnel comparable du même quartier (SCHL). C'est ce pilote de plus de 800 logements qui a convaincu la SCHL d'assurer le multilogement modulaire dans tous ses produits depuis mai 2026.

Les programmes disponibles en 2026

  • PHAQ (Programme d'habitation abordable Québec). Le budget 2026-2027 finance un nouvel appel de 1 000 logements abordables — le premier appel régulier depuis 2023 (Québec.ca).
  • Les appels SHQ « hautement préfabriqué ». 566 logements sélectionnés en deux appels, financés par l'entente Canada-Québec de 1,8 G$ (FACL) qui vise 8 000 logements sociaux et abordables ; aucun dans le Nord-du-Québec à ce jour — un dossier jamésien aurait des arguments solides.
  • Maisons Canada. L'agence fédérale dotée de 13 G$ priorise explicitement le préfabriqué, le modulaire et le bois massif — une orientation taillée pour les territoires où le chantier conventionnel coûte le plus cher.
  • Les enveloppes spécifiques au Nunavik, où le logement social relève d'ententes distinctes entre Québec, Ottawa et les organisations inuites — un cadre à part du reste de la province.
  • L'assurance prêt SCHL élargie au modulaire (mai 2026), qui facilite le financement des immeubles multilogements préfabriqués — on décortique le tout dans notre guide du financement du logement abordable modulaire.

Sources : Ville de Chibougamau, Le Devoir, La Sentinelle, Le Nouvelliste, Radio-Canada, Gouvernement du Québec (SHQ). Article rédigé par Jeremy Soares. Dernière mise à jour : 2 juillet 2026.

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Questions frequentes

Que se passe-t-il à Chibougamau en matière de logement ?
La ville combine livraisons récentes (Les Pavillons du 49e, deux immeubles d'environ 20 logements en 2024) et reconstruction lourde : le Projet Renaissance remplace 50 HLM pour un coût passé de 23,7 M$ à 33,7 M$. La pénurie touche toutes les classes de revenus et alimente le navettage aérien des travailleurs.
Pourquoi construire coûte-t-il si cher au Nunavik ?
Tout doit arriver par bateau ou par avion dans une fenêtre estivale courte, la main-d'oeuvre doit être logée sur place, et le pergélisol impose des fondations spécialisées — le tout porte les coûts à au moins trois fois ceux du sud du Québec, pour une capacité d'environ 100 logements par année alors qu'il en manque environ 800.
Le modulaire est-il adapté au Nord-du-Québec ?
En Jamésie, oui : la route permet le transport des modules et le chantier local réduit comprime le principal surcoût nordique, la mobilisation. Au Nunavik, le préfabriqué aide aussi — mais il ne supprime ni la logistique maritime, ni les fondations sur pergélisol, ni la saison courte. Il raccourcit le chantier ; il n'abolit pas la géographie.
JS
Jeremy Soares
Courtier immobilier

Courtier immobilier au Québec et passionné de construction modulaire. jeremysoares.com

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